
Scene Deconstruction : Kneecap avec le directeur de la photographie Ryan Kernaghan ISC
Réalisé par Rich Peppiatt et récompensé par de nombreux prix, Kneecap retrace l’histoire chaotique et controversée du groupe de rap irlandais du même nom, composé de trois jeunes originaires de Belfast. Les membres du groupe, à savoir Liam Óg Ó hAnnaidh, Naoise Ó Cairealláin et JJ. Ó Dochartaig jouent leur propre rôle dans le film aux côtés d’acteurs plus connus, notamment Michael Fassbender, qui joue le père de Naoise Ó Cairealláin. Le film a été nommé dans six catégories lors du 78ème British Academy Film Awards, et Rich Peppiat a reçu le BAFTA du Meilleur premier film pour un scénariste, réalisateur ou producteur britannique.
Le scénario était extraordinaire. Dans la plupart des films, souvent à juste titre, il y a des contraintes assez strictes quant à l'esthétique et au dogme que l'on veut respecter. Mais pour Kneecap, vu que le sujet se prêtait à tous les excès, nous pouvions faire tout ce que nous voulions avec la caméra. Évidemment, il ne fallait pas nous le dire deux fois !
Ryan Kernaghan ISC

Ryan a très rapidement compris qu’il aurait besoin d’une caméra capable de produire de superbes images dans des conditions de faible luminosité, qui soit également compatible avec des objectifs à sonde et des anamorphoseurs, et pouvant filmer avec une cadence élevée. Le choix de la caméra principale s’est donc porté sur la VENICE 2 de Sony, mais ce ne sera pas la seule caméra que Ryan utilisera pendant le tournage.
Détails clés :
- En choisissant de positionner une petite caméra à un emplacement inhabituel, il est possible d’obtenir un point de vue original.
- En changeant brusquement l’éclairage d’une scène, il est possible d’insister sur un plan ou d’en modifier complètement la dynamique.
- En filmant le visage d’un personnage à travers une ouverture dans un faux mur, là où l’on s’attendrait normalement à voir un miroir, il est possible de donner l’illusion que le personnage se regarde lui-même dans une glace, sans avoir à se préoccuper d’un éventuel reflet de caméra ou d’un autre problème.
Scène 1 : la machine à sous
Cette scène marque la première fois où les trois protagonistes se réunissent. Dans ce passage, JJ explique à Liam Óg Ó hAnnaidh pourquoi ils devraient monter un groupe de musique ensemble. La scène se déroule dans un bar, plus précisément devant une machine à sous. Pour créer un angle de vue original à l’occasion de cette première rencontre, Ryan et son équipe ont ouvert la machine à sous et ont placé un appareil photo A7S de Sony à l’intérieur, derrière les cylindres rotatifs. Le panneau avant en Perspex de la machine a ensuite été incorporé à l’image afin de produire un plan inédit mettant en avant les trois personnages.

Afin de mieux faire ressortir ce plan, l’éclairagiste de Ryan a programmé des tubes Astera avec une séquence en boucle reproduisant les mêmes effets lumineux que ceux de la machine à sous. Un autre avantage de ce procédé était de disposer d’une lumière de remplissage sous la caméra. L’éclairage principal provenait d’une installation pratique complétée par des tubes Astera avec une lumière diffusée via une grille complète (semblable à un tissu de diffusion). Des guirlandes lumineuses visibles en arrière-plan permettaient d’ajouter un peu de lumière. Enfin, des Nanlux 1200 à l’extérieur du bar servaient à créer des faisceaux de lumière froide imitant la lumière naturelle de Belfast à travers les fenêtres.

Scène 2 : le baptême
Il s’agit de la scène d’ouverture du film. Elle réunit plusieurs personnages, dont le père de Naoise incarné par Michael Fassbender, au milieu d’une forêt à l’occasion d’un baptême. Mais l’événement est rapidement interrompu par un hélicoptère de l’armée qui pense avoir découvert là un camp d’entraînement paramilitaire de l’IRA.
Ryan : « Le fait que la VENICE puisse filmer jusqu’à 3200 ISO nous a incroyablement aidé. »
Si cette scène a été tournée en fin de journée, dans le film elle se passe à l’aube. Le projecteur de l’hélicoptère était en réalité un Vari-Lite VL6000 de Philips (un projecteur Pan/Tilt télécommandé très puissant avec un faisceau de 6,4 degrés) fixé sur une nacelle élévatrice de sorte qu’il se trouve juste au-dessus de la cime des arbres. La température de couleur du projecteur avait été déterminée pour créer un léger contraste avec la lumière ambiante du crépuscule.
Ryan : « Cette installation nous a permis d’obtenir une scène qui évoque les peintures de la Renaissance, avec en temps fort Michael faisant un doigt d’honneur à l’hélicoptère. »

Le film reproduit cette mise en scène quinze ans plus tard, avec un Naoise désormais adulte de nouveau braqué par le spot d’un hélicoptère. Mais cette fois-ci, le faisceau lumineux provenait d’un projecteur Nanlux 1200. Il était prévu qu’au moment où la lumière de ce dernier s’éteigne via un signal lumineux, plusieurs lumières pratiques en arrière-plan s’illuminent pour révéler une boîte de nuit en pleine effervescence.
En changeant l’éclairage de cette façon, les équipes sont parvenues à transformer complètement l’ambiance de la scène. Afin d’obtenir la modélisation des personnages souhaitée par Ryan, des tubes Astera avaient été placés pour compléter les lumières pratiques.
Scène 3 : JJ devient DJ Próvaí
Cette scène a lieu juste avant un concert. On retrouve JJ en proie à un grand désarroi et en plein questionnement quant à son rôle au sein du groupe. C’est à ce moment qu’il décide d’embrasser totalement son alter ego : DJ Próvaí. À travers cette scène, Ryan voulait que le public soit dans la tête de JJ quand il devient DJ Próvaí. Il a donc fait construire un faux mur avec une ouverture représentant un miroir fixé au mur. Il lui a ensuite suffit de filmer JJ par cette ouverture pour offrir aux spectateurs le point de vue du personnage alors qu’il se regarde dans la glace.

C’est Ryan lui-même qui était derrière la caméra pour imiter les gestes de JJ. En même temps que celui-ci enfilait sa cagoule, une autre était placée sur l’objectif de la caméra. Cette chorégraphie minutieuse entre JJ et Ryan rend l’effet final parfaitement convaincant, sans que l’équipe n’ait eu recours à un trucage compliqué.
Une lumière froide bleue/verte provenant d’un éclairage pratique au plafond servait de principale source de lumière à cette scène. Tandis qu’une lumière supplémentaire jaune d’œuf/sodium a permis d’ajouter le contraste nécessaire.

Scène 4 : le concert final du film
Ryan : « Il était prévu que le cadre soit totalement rempli à certains moments par les personnages, nous avons donc dû choisir des objectifs nous permettant d’obtenir une image à la fois robuste et pratique, sans détérioration sur les bords. Nous avons opté pour des anamorphoseurs Cooke en raison de leur texture et de la sensation de profondeur qu’ils proposent. »
Dans cette scène du concert final, on retrouve le groupe à son apogée mais également Arlo, le père de Naoise. Pour filmer ce concert, Ryan a fait appel à trois équipes de tournage différentes, chacune avec une caméra réglée sur un mode spécifique. L’une des caméras était fixée sur une grue Moviebird afin de capturer toute la foule, tandis que les deux autres étaient principalement manipulées à main levée, de façon à retransmettre toute l’énergie de la scène.

Au moment où Naoise plonge dans la foule pour un slam, il croit apercevoir son père dans le public. Pour créer ce brusque changement de dynamique, Ryan a utilisé un ensemble de panneaux lumineux Cream Source programmés pour générer un effet stroboscopique qui illumine momentanément la silhouette d’Arlo, immobile au milieu d’une foule en délire et fixant intensément Naoise.

Selon moi, avant que l'on puisse véritablement s'écarter d'un sujet, comme nous l'avons souvent fait dans Kneecap, il est important que le public comprenne ce qui se passe dans une scène, ou du moins qu'il en ait une certaine notion.
Ryan Kernaghan ISC




